Sādhu Om : L'initiation n'est
nécessaire que pour les étudiants de la première ou de la deuxième norme {standard} [dans l'école
de bhakti décrite dans La Voie de Śrī Ramana], car il faut leur
enseigner des rituels ou des mantras avant qu'ils puissent commencer de telles
pratiques. Pour les étudiants de la quatrième norme, aucune initiation n'est
nécessaire, car le fait qu'ils aient été attirés par le sadguru indique qu'ils
ont déjà dépassé ces pratiques préliminaires.
Le guru travaille directement à
travers le mental mûr d'un aspirant, en utilisant la propre discrimination de
l'aspirant pour tourner son attention
vers soi. Si un aspirant fait une étude approfondie (śravaṇa)
et réflexion (manana) sur les paroles du
guru, il comprendra clairement que l'attention
à soi est la seule pratique nécessaire, et que toutes les autres pratiques sont
superflues.
Un véritable aspirant comprendra
que 'je suis' est le guru. Si
le guru était simplement un corps, il disparaîtrait comme il est apparu, et
serait donc inutile. Rechercher un guru "vivant" est absurde, car le
guru "vivant" deviendra tôt ou tard un guru mort. Si un aspirant a
compris correctement les enseignements du guru, il ne cherchera plus le guru à
l'extérieur, car il aura la foi que le guru est toujours présent en lui-même en
tant que 'je suis'.
Bhagavan avait l'habitude de dire
que le corps du guru est un voile qui le recouvre à la vue de ses dévots, car
il leur cache sa véritable forme en tant que soi. Quel avantage ont maintenant
les dévots qui ont eu la chance d'être en sa présence physique ? Tout ce qu'ils
ont maintenant est un souvenir, qui n'est pas mieux qu'un rêve. S'ils pensent
fièrement : "J'ai vu Bhagavan", c'est une occasion de plus pour leur
ego de s'élever {de surgir}.
Le fait d'être venu à Bhagavan
est un signe de notre ignorance, mais il lève {supprime,
élimine} cette ignorance en nous permettant de comprendre que sa
présence n'est limitée à aucun endroit ici ou là, car elle seule existe. Il ne
nous permet pas de nous accrocher à quoi que ce soit d'extérieur, mais nous
fait discriminer et comprendre que 'je suis'
seul est éternel, et que le guru ne peut, par conséquent, être autre chose que
cela.
Je suis maintenant si bien
imprégné des enseignements de Bhagavan, si fermement convaincu par eux, que je
ne peux m'intéresser sérieusement à aucun autre guru ou enseignement. Mais ce
n'est pas une faute, car une conviction aussi forte est nécessaire.
Lorsque Bhagavan était atteint
d'un cancer, j'ai composé dix versets disant : "Si vous pouvez former ne
serait-ce qu'une seule résolution (saṁkalpa),
pensez à cette créature sans défense, qui ne peut rien faire pour
elle-même" et ainsi de suite. Lorsqu'il lisait ces versets, il souriait,
et ce sourire me montrait ma bêtise. Il me disait : "Si ma pensée, mon
regard ou mon toucher peuvent t'aider, combien plus mon silence
peut-il le faire ?".
Penser, regarder et toucher sont
des actions qui nécessitent un corps, mais son silence
ne requiert aucune présence physique. Le silence
est l'arme la plus efficace, donc demander au guru d'utiliser d'autres moyens,
c'est comme demander à un général d'utiliser un pied de biche pour ouvrir une
forteresse, même s'il la bombarde déjà avec des canons, des bombes et toutes
les armes les plus puissantes. Nous avons les mots de Bhagavan, qui sont
suffisants pour tourner notre esprit vers le soi, et son silence
est suffisant pour faire tout ce qui est nécessaire.
Nous devons nous contenter {satisfaire} de notre guru, car même sur le chemin
spirituel, la chasteté (fidélité à son propre guru)
est nécessaire. Si nous courons après d'autres gourous, c'est le signe d'un esprit
vagabond et d'un manque de discernement, ce qui ne fera qu'entraver le travail
accompli par sa grâce.
Si nous réfléchissons
correctement (manana) aux enseignements de
Bhagavan, nous ne trouverons aucune place pour le mécontentement.
Sādhu Om : Nous devons faire attention à ne pas nourrir le 'je'
de quelque manière que ce soit. C'est une partie importante de la pratique
spirituelle (sādhana). A chaque moment {instant, tournant}, nous devons être en alerte
contre la montée de ce 'je'. S'asseoir dans la salle [l'"ancienne salle" de Bhagavan à Ramanasramam]
est une bonne chose, mais il faut aussi veiller en permanence à ne pas nourrir
le 'je'.
Nous ne devrions même pas penser
à devenir un guru ou à guider les autres. Éviter de telles idées, c'est être un
bon disciple. Nous devons toujours être humbles et effacés {modeste}. Si nous voulons la célébrité ou la
bonne opinion des autres, alors nous ne sommes pas meilleurs que les gens du
monde, car nous pensons toujours que le bonheur vient de choses extérieures à
nous.
Comment un aspirant peut-il se
mélanger avec des personnes tournées vers le monde ? Leur courant de pensée est
complètement opposé au nôtre. Si l'on se sent de moins en moins à sa place dans
ce monde, et si l'on a de moins en moins envie de se mêler aux gens de ce
monde, c'est un signe de progrès.
Le véritable progrès n'est pas
d'élever la kuṇḍalinī jusqu'à ici ou là, mais est simplement de l'humilité.
S'effacer constamment à tous égards est un moyen sûr d'atteindre le samādhi.
Bhagavan nous a dit de rester
silencieux, mais de nos jours, les soi-disant "yogis" et
"Maharishi" parlent tellement fort. Bhagavan a vécu comme un exemple
parfait de l'état de jñāna, mais où peut-on voir un tel exemple parmi tous les
"sages" célèbres d'aujourd'hui ? Tinnai Swami 2 est le
plus proche que j'ai vu de ce que Bhagavan nous a enseigné : la
non-interférence totale. Rester tranquille et ne pas interférer est la
meilleure façon de vivre dans le monde.
2 Tinnai Swami était un dévot
de Bhagavan, et un article que j'ai écrit à son sujet a été publié aux pages
75-83 du numéro d'Ārādhana 2004 de The Mountain Path.
Lorsqu'une vieille femme a maudit
{reproché} Bhagavan pour avoir erré sur la
colline sous la chaleur du soleil parmi toutes les plantes épineuses, lui
demandant pourquoi il ne se contentait pas de rester tranquille, il n'a pas
répondu avec arrogance : "Mais je suis un grand Maharishi", mais a
simplement pensé : "Oui, c'est bien aussi. Pourquoi pas ? Le mieux est de
rester calme {tranquille}.
Nous ne devrions pas vouloir
avoir quoi que ce soit ou être qui que ce soit. De grands saints ont prié :
"Envoyez-moi au ciel ou en enfer. Je ne demande même pas la libération (mōkṣa). Laissez-moi seulement m'accrocher
toujours à vous seul".
À quoi sert la bonne opinion des
autres ? Au mieux, elle ne durera que le temps de la vie de ce corps.
10 décembre 1977 (1)
Sādhu Om : Dans le verset 273 du
Guru Vācaka Kōvai, Bhagavan dit que la conscience de soi (sat-bōdha ou être-conscience) qui existe et
brille en tout, en tant que tout, est le guru.
Pour être qualifié pour le
quatrième standard {norme} [dans l'école de la bhakti], on doit avoir un
amour sincère pour le guru, et on doit essayer de mettre ses enseignements en
pratique, au moins dans la mesure où on les comprend. À moins de vouloir et
d'essayer sincèrement de suivre les enseignements du guru, on ne possède pas la
véritable guru-bhakti requise pour être dans le quatrième standard {norme} 3.
3 Comparez la dernière clause
du douzième paragraphe de Nāṉār? (Qui suis-je ?) : "...néanmoins, il
est nécessaire de poursuivre [se comporter
ou agir]
infailliblement selon le chemin que le guru a montré".
Par exemple, bien que Devaraja
Mudaliar ait dit qu'il n'avait pas de cerveau pour l’investigation
de soi, Bhagavan était tout pour lui, et il a donc suivi la voie de l'abandon
de soi telle qu'il la comprenait. On peut être le dernier de la classe, mais
une foi inébranlable dans le guru peut surmonter tous les obstacles en un
instant. Même si nous ne réussissons pas maintenant dans nos tentatives de
demeurer en tant que soi, nous devrions au moins vouloir {le vouloir sincèrement} et essayer sincèrement de
demeurer ainsi.
Les progrès ne peuvent jamais
être jugés. Bhagavan connaît exactement le bon médicament nécessaire pour que
chacun d'entre nous mûrisse, il sait donc quel vāsana (propension)
libérer à chaque instant. Quelqu'un qui obtient 5% aujourd'hui peut obtenir
100% demain, alors que quelqu'un d'autre qui obtient 90% aujourd'hui peut ne
pas sembler s'améliorer pendant des années. Une personne peut être toujours
prise dans les affaires du monde, mais si elle a toujours l'impression que
"tout cela est une absurdité inutile ; quand pourrais-je être tranquille
?", elle peut faire mieux que quelqu'un qui est toujours assis en
méditation.
Une dévote qui vivait à proximité
s'est plainte à Bhagavan qu'elle n'avait pas pu venir dans son hall pendant
quinze jours parce qu'elle devait s'occuper de parents qui étaient venus
séjourner. Il lui répondit : "C'est bien. Il vaut mieux que vous soyez à
la maison avec vos proches et que votre mental soit ici, que si vous étiez ici
et que votre mental pensait à eux".
Ramakrishna a raconté l'histoire
suivante : Un sādhu menait une vie pure et voulait aider une prostituée pieuse,
il a donc compté le nombre de personnes qui visitaient sa maison en plaçant des
pierres dans une pile, et après de nombreuses années, il lui a dit que la pile
de pierres représentait ses péchés, alors par repentir, elle a verrouillé sa
porte et est morte de faim. Il est également décédé, mais elle a été emmenée au
paradis parce qu'elle était repentante, alors que lui a été emmené en enfer
parce que son esprit était toujours préoccupé par ses péchés.
Il a également raconté une
histoire similaire de deux amis, dont l'un écoutait le Bhāgavatam tandis que
l'autre se rendait dans un bordel. Le premier regretta sa décision et envia son
ami qui, selon lui, s'amusait dans le bordel, tandis que le second se sentait
dégoûté de lui-même et aurait préféré être en train d'écouter le livre saint.
Le premier est allé en enfer et le second au paradis.
La morale de ces histoires est
que nos actions extérieures ne sont pas aussi importantes que nos pensées et
notre attitude intérieures. De même, il est essentiel de désirer intensément de
rester en soi, même si nous échouons dans nos efforts pour demeurer en tant que
soi.
Afin d'être libre, il suffit de
faire l'expérience de notre être tel qu'il est réellement pendant un seul instant.
Lorsqu'un aspirant aura suffisamment mûri à l'école de la bhakti, le guru lui
donnera la tape finale, et il sera ainsi promu au cinquième standard, qui est
la libération (mōkṣa). Cela peut se produire
à tout moment.
L'amour de demeurer en tant que
soi est le véritable signe de la guru-bhakti.
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