Mountain Path - Avril - 2012
Sādhu Om : Le guru agit par le
biais de notre propre discrimination (vivēka).
La réflexion (manana) sur les enseignements du guru est en soi
une pratique spirituelle (sādhana), car par
notre réflexion et notre discrimination, l'emprise de nos vāsanas (inclinaisons ou propensions mentales) est
affaiblie et notre mental est maintenu dans la quiétude - c'est-à-dire dans
l'état tranquille de l'attention
à soi.
Sādhu Om : Les diverses théories
enseignées par Bhagavan (concernant le karma, le
prārabdha, l'abandon, Dieu, le guru et ainsi de suite) se contrediront
souvent entre elles, mais ne contrediront jamais la nécessité de l'attention à soi. Toutes ces théories ne
sont que des indices ou des aides qui nous aident à nous accrocher à l'attention à soi. Elles sont toutes
adaptées à des humeurs différentes du mental.
L'attention
à soi est la seule théorie étanche {sans faille,
indiscutable}. Toutes les autres théories sont criblées de failles et de
contradictions. Par conséquent, si au lieu de calmer le mental, elles font
naître des doutes, mettez-les de côté en cherchant à savoir qui les pense.
L'attention
à soi est le seul but de tous les enseignements de Bhagavan. Il nous a enseigné
que seul le soi existe et est réel, et que tout le reste n'est qu'un rêve, une
invention {création, fabrication} de notre
imagination. Il a dit : "Occupez-vous de ce pour quoi vous êtes
venus" ; nous sommes venus pour nous connaître et non pour apprendre de
nombreuses théories. Cependant, une compréhension approfondie de ses
enseignements et des théories qu'il a proposées nous permettra de calmer notre
mental en toute situation.
Bhagavan nous a donné un
enseignement simple : "Votre propre conscience de soi est la seule chose
qui semble être permanente. C'est pourquoi il faut faire des recherches sur
elle seule, l'écouter et s'y accrocher fermement." Bien que cet
enseignement soit simple, il constitue le plus grand de tous les trésors. La
grâce agit en nous rappelant constamment le soi. L'oublier (c'est-à-dire s'occuper d'autre chose) est un
malheur ; se souvenir de soi est la paix ou la félicité.
La grâce agit en nous rappelant
constamment à soi-même. L'oubli de soi (c'est-à-dire
le fait de s'occuper d'autre chose) est une misère ; se souvenir de soi
est la paix ou la félicité.
Chaque fois que des doutes, des
questions ou de nouvelles idées surgissent, demandez-vous s'ils pourraient
surgir dans votre sommeil. Il est évident qu'ils ne le pourraient pas, ils sont
donc extérieurs à vous. Par conséquent, oubliez-les et restez comme vous étiez
dans votre sommeil.
La connaissance seule permet de
contrôler efficacement le mental. Déracinez toutes les perturbations en faisant
preuve d'un sens aigu de la discrimination. N'essayez pas de vous fier à un
contrôle forcé.
Krishna a dit qu'il s'occupera
des besoins de ceux qui méditent toujours uniquement sur lui sans penser à
autre chose (Bhagavad Gītā 9.22 ; Bhagavad Gītā
Sāram verset 31). Qu'est-ce que cela signifie ? Il est notre vrai soi,
et rien n'est autre que lui, donc il peut uniquement s'occuper de lui-même. Si,
nous aussi, nous ne nous occupons que de nous-mêmes, sans penser à rien
d'autre, où sont les "besoins" ? En dehors de nous-mêmes, rien n'est
réel, donc nous devons nous occuper que de nous-mêmes.
Lorsque Ramasami Pillai a demandé
à Bhagavan quelles pensées devaient être rejetées comme mauvaises et lesquelles
devaient être acceptées comme bonnes, il a répondu : "Rejeter toutes les
pensées, même la pensée de Bhagavan".
Ne pensez jamais que vous êtes un
débutant dans les premières étapes de la sādhana. Agissez toujours comme si
l'aube de la connaissance de soi pouvait arriver à tout moment.
Nous serons debout sur nos
propres pieds seulement lorsque nous serons capables de rejeter toutes les
perturbations - quoi qu'il arrive - par une discrimination aiguë. Alors, tous
les livres, satsaṅg et autres aides extérieures seront inutiles.
Quelles que soient les
perturbations qui surviennent, rappelez-vous qu'elles sont dues au fait que 'je suis'. Grâce à notre pratique
quotidienne, la pensée 'je suis'
nous ramènera immédiatement à l'attention
à soi.
Il n'y a pas de voie directe vers
notre objectif. En d'autres termes, une approche rigide ou formelle est
impossible, car la recherche du soi est un art, et chaque situation doit être
traitée de manière appropriée lorsqu'elle se présente. Bhagavan nous a donné
une panoplie d'armes adaptées à chaque situation. Ainsi, lorsque le bouclier ne
fonctionne pas, utilisez l'épée. Lorsque le mental est agité, une attitude
d'abandon peut aider, mais lorsque le mental est calme, ne pensez pas :
"Je devrais m'abandonner ; comment le faire ?" mais utilisez plutôt
ce calme pour demeurer en tant que soi.
Il n'existe pas de
"renoncement partiel". L'abandon est réel uniquement lorsqu'il est
complet. Ce qu'on appelle "abandon partiel" n'est qu'une pratique
visant à l'abandon complet, et cette pratique est la discrimination correcte
dans toute situation donnée qui ramènera le mental à l'attention
à soi.
Sādhu Om : S'attarder sur le 'je suis', de quelque manière que ce
soit, est une bonne contemplation (manana).
C'est la pratique qui éliminera tout intérêt pour les autres choses (deuxième et troisième personnes) et qui rendra
facile la recherche de soi {à demeurer dans le
soi ; à demeurer en tant que soi}
Le bien et le mal sont basés sur
le concept restrictif {limitatif} 'je suis
le corps'. L'expérience du jñāni est simplement 'je
suis'. Bien qu'il puisse sembler que le jñāni voit des différences,
il ne fait jamais réellement l'expérience de distinctions telles que le bien ou
le mal. Il se contente toujours de la connaissance 'je
suis'. Je suis' est à la fois la voie et le but (comme Bhagavan nous l'enseigne dans le verset 579 du
Guru Vācaka Kōvai).
Bhagavan est le plus grand
siddha. Il sait très bien quel travail doit être fait sur nous et comment le
faire. Bien que nous ne le sachions pas, il fait son travail en permanence.
Un comportement erratique ne se
produit que si le disciple change profondément de perspective tout en
conservant une certaine individualité. Bhagavan provoquera toujours le
changement de perspective requis (l'expérience de
la véritable connaissance de soi) en même temps que la perte
d'individualité, de sorte qu'aucun changement extérieur ne sera observé chez
ceux qu'il libère, et aucun 'je' ne surgira {s'élèvera} en eux pour dire "j'ai eu ce
changement de perspective", et il ne dira rien (c'est-à-dire
qu'il ne dira pas qu'ils ont été libérés).
Il avait l'habitude de donner
l'exemple d'un fruit à la coque dure qu'un éléphant avale tout entier et
l'excrète sans le briser, mais lorsqu'on ouvre la coque, on découvre que le
contenu a été digéré. De même, lorsque Bhagavan consume l'ego de quelqu'un,
celui-ci apparaît extérieurement inchangé. Personne ne peut dire combien d'egos
Bhagavan a ainsi absorbés {consommé} 1.
1 Comparez le verset 89 de Śrī Aruṇācala Akṣaramaṇamālai : "Aruṇācala,
qui, inconnu de tous, a enchanté et volé mon esprit ?".
Dans l'un de ses versets,
Muruganar chantait à Bhagavan : "Tu m'as donné sahaja [mon état naturel] sans me laisser expérimenter
nirvikalpa samādhi, fermer les yeux ou faire une quelconque sādhana". Tel
est le rôle de guru de Bhagavan, mais si on lui demandait comment il s'y prend,
il disait : 'Je ne sais pas ; je sais simplement que je suis'.
Il n'y a qu'une fine ligne entre
jñāna et ajñāna. Au bon moment, un choc peut permettre de franchir la ligne et
d'avoir ce petit changement de perspective.
Le 'je
suis' n'est ni intérieur ni extérieur. Concentrez-vous {tournez-vous} sur le fait que 'je suis' est dépourvu de limitations.
Concentrez-vous sur le sentiment
d'être. C'est le soi, et lui seul existe.
La théorie du karma est truffée de lacunes, d'ambiguïtés et de suppositions douteuses. Tout d'abord, elle présuppose que l'ego, qui n'existe jamais, existe en tant qu’auteur {celui qui fait, qui agit}, et par-dessus cette fausse hypothèse, elle empile une fausse hypothèse sur une autre : l'existence de Dieu, āgāmya, sañcita, prārabdha, leurs fonctions et ainsi de suite. Ne vous contentez pas de douter de la théorie ; doutez de votre existence en tant que qu’auteur {celui qui fait, qui agit}.

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