Monday, 20 August 2007
The crest-jewel of Sri Ramana's teachings
Commentaire du premier verset maṅgalam (verset de bénédiction) d'Uḷḷadu Nāṟpadu. Un verset très important pour la suite des enseignements de Sri Ramana et le point de départ pour la pratique d'ātma-vicāra.
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À la page 529 de la deuxième édition e-book (page 555 de la prochaine édition imprimée) de la
Félicité et l'Art d'Etre, je donne la traduction suivante du premier verset maṅgalam
d'Uḷḷadu Nāṟpadu :
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En dehors de uḷḷadu ['ce qui est'
ou être], existe-t-il une conscience d'être ? Puisque [cet] être-essence [cette
substance existante ou réalité qui est] est dans [notre] cœur dépourvu de [toute]
pensée, comment [ou qui peut] penser à [ou méditer sur cet] être-essence, qui est appelé
'cœur' ? Être dans [notre] cœur tel que [nous sommes vraiment] [c'est-à-dire
tel que notre conscience non-duelle d'être, 'je
suis', sans pensée] seul permet
de méditer [sur notre être]. Connaissez [cette vérité en l'expérimentant].
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Dans le premier des deux versets de son pāyiram ou préface à
Uḷḷadu Nāṟpadu, Sri Muruganar écrit que Sri Ramana a joyeusement composé ce
texte clair et qui fait autorité en réponse à sa demande :
'Afin que nous puissions être sauvés, révèle-nous [gracieusement] la nature de la réalité et les
moyens de l'atteindre [de la rejoindre, d'y
accéder, de l'expérimenter ou d'être uni à elle]'.
En conséquence, dans ce premier verset du maṅgalam, Sri
Ramana nous révèle à la fois la nature essentielle de la réalité et les moyens
par lesquels nous pouvons l'expérimenter, ce qui n'est possible qu'en étant un
avec elle.
Dans les deux premières phrases de ce verset, Sri Ramana
révèle plusieurs vérités cruciales sur la nature de l'unique réalité absolue,
qui est uḷḷadu ou 'ce qui est'.
Premièrement, il explique qu'il ne s'agit pas seulement d'être
mais aussi de la conscience, car en dehors de 'ce qui est', il ne peut y avoir
de conscience pour connaître 'ce qui est'. Par conséquent, 'ce qui est [réellement]' est conscient de soi-même - à savoir,
il est absolument un être non duel conscient de lui-même {être auto-conscient, non-duel - être conscient de soi et
non-duel}.
Deuxièmement, il dit que cette réalité ou 'être-essence'
réellement existante existe sans pensées, ou dépourvue de pensée. En d'autres
termes, il ne s'agit pas d'une simple pensée ou conception mentale, mais de la
réalité fondamentale qui sous-tend et soutient l'existence apparente de notre
esprit pensant et de toutes ses pensées. Cependant, bien qu'il soutienne
l'apparence imaginaire des pensées, il est en réalité dépourvu de pensées, et
donc dépourvu de la conscience pensante que nous appelons notre 'esprit {mental}', car cet esprit pensant et ses pensées
sont irréels. Dans la vision claire de l'unique réalité consciente-de-soi, les
pensées n'existent pas, car elles ne semblent exister que dans la vision
déformée de notre esprit, qui est lui-même une pensée parmi les pensées qu'il
imagine et connaît.
Troisièmement, il dit qu'elle existe 'dans le cœur',
c'est-à-dire au plus profond de notre être. En d'autres termes, ce n'est pas
simplement quelque chose qui existe en dehors de nous ou séparé de nous, mais
c'est ce qui existe en nous comme notre propre réalité essentielle. Il ajoute
également qu'il est appelé 'cœur', indiquant ainsi que le mot 'cœur' ne désigne
pas simplement la demeure dans laquelle la réalité existe, mais désigne plus
véritablement la réalité elle-même. De plus, puisque le mot uḷḷam signifie non
seulement 'cœur' mais aussi 'je', en disant que la réalité ou 'l'essence
d'être' qui existe vraiment s'appelle uḷḷam, Sri Ramana révèle que ce n'est pas
quelque chose qui existe en tant qu'objet mais que c'est notre propre soi -
notre être essentiel ou 'je'.
En d'autres termes, la réalité absolue existe non seulement en
nous mais aussi en tant que nous. Elle est le véritable 'cœur' ou noyau de
notre être. C'est-à-dire qu'elle est notre propre essence, substance ou
réalité. Elle est ce que nous sommes vraiment. En dehors de l'unique réalité
absolue, nous n'existons pas.
Parce que nous nous prenons pour ce mental pensant ou cette
conscience connaissant l'objet, on dit que la réalité fondamentale unique
existe en nous, mais ce n'est qu'une vérité relative - une vérité qui n'est
vraie que par rapport à la perspective déformée de notre mental, qui
expérimente des dualités telles que le sujet et l'objet, le 'soi' et 'l'autre',
l''intérieur' et l''extérieur', et ainsi de suite. Puisque l'unique réalité
fondamentale transcende toutes ces dualités, la vérité absolue sur sa nature
n'est pas simplement qu'elle existe en nous, mais qu'elle existe en tant que
nous.
Enfin, en demandant 'uḷḷa-poruḷ uḷḷal evaṉ ?', ce qui
signifie 'comment [ou qui peut] méditer [sur cet] être-essence?', Sri Ramana souligne la
vérité que, puisque la réalité absolue est ce qui transcende la pensée, elle ne
peut être conçue par le mental ou atteinte par la pensée. Par conséquent,
puisque sa nature est telle, quel est le moyen par lequel nous pouvons l''atteindre',
la 'réaliser' ou l'expérimenter telle qu'elle est réellement ?
Étant donné qu'il s'agit non seulement de ce qui est
totalement dépourvu de pensée, mais aussi de ce qui est essentiellement
conscient de soi, et qu'il s'agit de notre propre 'cœur' ou de notre être
essentiel, la seule façon dont nous pouvons en faire l'expérience est d'être
tout simplement. En d'autres termes, le seul moyen par lequel nous pouvons 'atteindre'
cette unique réalité absolue non duelle est de rester tout simplement tels que
nous sommes vraiment, c'est-à-dire notre propre être véritable, essentiel, sans
pensée et conscient de lui-même.
C'est pourquoi, dans la troisième phrase de ce verset, Sri
Ramana dit :
'Être dans [notre] cœur
tel qu'il est, c'est méditer [sur cette réalité
réellement existante, que l'on appelle 'cœur']', déclarant ainsi avec
insistance que cette pratique consistant à 'être tel que nous sommes' est le
seul moyen par lequel nous pouvons faire l'expérience de la réalité absolue
telle qu'elle est.
Ainsi, dans ce premier verset maṅgalam, Sri Ramana révèle
succinctement à la fois la nature essentielle de la réalité et les moyens par
lesquels nous pouvons l''atteindre', la 'réaliser' ou l'expérimenter telle
qu'elle est réellement. Ainsi, en un mot, ce verset exprime l'essence même d'Uḷḷadu
Nāṟpadu, et les quarante et un autres versets de ce texte profond sont une
explication richement élaborée des vérités fondamentales qu'il a exprimées si
brièvement, mais si clairement et puissamment dans ce premier verset.
En effet, puisqu'il révèle si clairement non seulement la
nature de l'unique réalité absolue, mais aussi le seul moyen par lequel nous
pouvons réellement en faire l'expérience, ce verset résume l'essence non
seulement d'Uḷḷadu Nāṟpadu, mais de l'ensemble des enseignements de Sri Ramana.
Il s'agit donc véritablement du cūḍāmaṇi ou du joyau {fleuron}
de ses enseignements, et si nous sommes capables d'en comprendre toute la
portée de manière correcte, complète et claire, nous avons véritablement
compris l'essence même de ses enseignements.
Comme dans tous ses autres enseignements, Sri Ramana nous
explique dans ce verset la nature de la réalité dans un seul but, à savoir
diriger notre esprit vers la seule pratique qui nous permettra effectivement de
faire l'expérience de la réalité telle qu'elle est vraiment. Si nous ne
comprenons pas la nature réelle de notre objectif, nous ne serons pas en mesure
de comprendre pourquoi la seule voie par laquelle nous pouvons 'atteindre' cet
objectif est de nous entraîner {pratiquer,
s'efforcer} à être simplement ce que nous sommes réellement depuis
toujours.
Si notre but était autre que nous-mêmes, nous aurions une
certaine distance à parcourir pour l'atteindre. Mais puisque nous sommes
nous-mêmes le but que nous recherchons, il n'y a absolument aucune distance
entre nous et lui, et donc le chemin par lequel nous pouvons l'atteindre ne
peut être essentiellement différent de lui. Autrement dit, entre nous et notre
but, qui est notre propre soi réel, il n'y a vraiment pas d'espace pour admettre
{accueillir, adopter} un chemin autre que
notre but. Par conséquent, notre chemin et notre but doivent être un dans leur
nature essentielle. Puisque notre but {objectif}
est simplement d'être conscient de soi et sans pensée, notre chemin doit
également être simplement conscient de soi et sans pensée. Telle est la vérité
essentielle que Sri Ramana révèle si clairement dans ce verset, et qu'il
réitère en tant de mots différents tout au long de ses autres enseignements.
Dans notre état naturel de connaissance de soi absolument
non-duelle, qui est notre but, notre expérience de notre être conscient-de-soi
sans pensée est sans effort, car c'est ce que nous sommes toujours réellement.
Cependant, dans notre état actuel, dans lequel nous nous imaginons être ce
mental pensant, nous semblons ne pas être dépourvus de pensée, comme nous le
sommes en vérité, et nous sentons donc que nous devons faire un effort pour
faire l'expérience de notre être conscient-de-soi sans pensée. Ainsi, la seule
différence entre notre chemin et notre but est l'effort qui semble maintenant
nécessaire pour que nous puissions demeurer dans notre état naturel d'être conscient-de-soi
sans pensée.
Dans cette voie, l'effort que nous devons faire n'est pas
réellement un effort pour être, car nous sommes toujours sans effort, mais un
effort pour éviter de nous prendre pour ce mental pensant. Tant que nous nous
imaginons être ce mental, nous ne faisons pas l'expérience de nous-mêmes comme
la véritable conscience de soi sans pensée qui est notre vraie nature. C'est
pourquoi, afin d'éviter de nous prendre pour ce mental pensant, nous devons
nous efforcer de concentrer toute notre attention
sur notre être essentiel conscient-de-soi, 'je suis',
en le soustrayant à toute pensée.
Cet état dans lequel nous concentrons toute notre attention sur notre propre être
conscient de lui-même, excluant ainsi toutes les pensées, est le véritable état
de 'méditation', que Sri Ramana décrit dans ce verset comme uḷḷattē uḷḷapaḍi uḷḷadē
ou 'être seulement dans le cœur tel qu'il est [ou
tel que nous sommes]'. En d'autres termes, puisque la véritable nature
de notre soi essentiel ou 'cœur' n'est que d'être conscient de soi sans pensée,
'être dans le cœur tel qu'il est' n'est que l'état de demeurer calmement et
paisiblement dans notre propre soi essentiel en tant que notre propre soi
essentiel - c'est-à-dire, libre de toute pensée en tant que notre propre être
conscient de soi non duel, 'je suis'.
Ainsi, la seule voie par laquelle nous pouvons 'atteindre'
ou 'réaliser' notre propre soi essentiel, qui est la seule et unique réalité
absolue, est cette simple pratique de la conscience de soi attentive
- une conscience de soi si attentive
qu'elle ne laisse absolument aucune place à l'émergence d'une quelconque
pensée. Puisqu'aucune pensée ne peut s'élever à moins que nous y soyons
attentifs, lorsque nous concentrons toute notre attention
sur notre propre conscience de soi essentielle, 'je
suis', nous excluons automatiquement la possibilité de l'émergence
de toute pensée.
En d'autres termes, les pensées ne surgissent que parce que
nous les pensons, et cet acte de pensée implique un détournement imaginaire de
notre attention de notre conscience
essentielle de soi, 'je suis'.
Par conséquent, le seul moyen efficace de rester complètement libre de toutes
les pensées - et donc complètement libre de notre mental, qui ne peut naître et
sembler exister que par la pensée - est d'être simplement attentif, vif et
vigilant à la conscience de soi.
Cet état d'être conscient de soi, sans pensée et donc sans mental, est l'état que Sri Ramana décrit comme 'être tel que nous sommes', et ce n'est pas seulement notre chemin mais aussi notre but. Lorsque nous pratiquons avec effort cette conscience de soi vigilante et donc sans pensée, c'est le chemin, et lorsque nous l'expérimentons sans effort comme notre état naturel inévitable, c'est notre but, qui est l'état absolument non-duel de la vraie connaissance de soi.

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