https://happinessofbeing.blogspot.com/2007/03/knowing-our-source-by-sharp-intellect.html
En révisant Le bonheur et l'art d'être en vue de sa
prochaine publication, au chapitre 10, "La pratique de l'art d'être",
j'ai modifié ma traduction du verset 28 d'Uḷḷadu Nāṟpadu (à la page 457 de la présente version du livre
électronique) et j'ai développé l'explication que j'en donne dans les
paragraphes suivants de la manière suivante :
Sri Ramana a souvent utilisé cette analogie de la plongée ou
de la submersion {descente, pénétration}
dans l'eau pour illustrer la profondeur et l'intensité avec lesquelles notre attention doit pénétrer dans le cœur ou
l'essence la plus profonde de notre être. Par exemple, au verset 28 de Uḷḷadu
Nāṟpadu, il dit :
______
Tout comme on s'enfonce [on
s'immerge ou on plonge] pour trouver un objet tombé dans l'eau, on
plonge [on s'enfonce, on s'immerge, on perce ou on
pénètre] à l'intérieur [de soi] en restreignant
{retenant} [sa]
parole et [son] souffle au moyen d'un
intellect aiguisé [un pouvoir de discernement ou d'attention
vif, intense, aigu et pénétrant], nous devrions connaître l'endroit {le lieu} [ou la
source] où [notre] ego qui s'élève
surgit. Sachez [cela].
______
Les mots clés de ce verset sont kurnda matiyal, qui
signifient un esprit, un intellect ou un pouvoir de discernement, de
connaissance ou d'attention aigus,
vifs, intenses et pénétrants, et ils sont placés dans ce verset dans une
position telle qu'ils s'appliquent implicitement à tous les verbes qui les
suivent. En d'autres termes, nous devrions retenir {restraindre}
notre parole et notre souffle grâce à un intellect vif et pénétrant, nous
devrions plonger ou nous enfoncer en nous-mêmes grâce à un intellect vif et
pénétrant, et nous devrions connaître la source d'où surgit notre ego grâce à
un intellect vif et pénétrant.
Mais qu'est-ce que Sri Ramana entend exactement dans ce
contexte par les mots kurnda mati ou esprit ou intellect très concentré et
pénétrant ? L'indice qu'il nous donne pour répondre à cette question réside
dans les deux derniers verbes qu'ils qualifient. En effet, puisque cet
intellect vif et pénétrant est le moyen ou l'instrument qui nous permet de
plonger, de nous enfoncer, de nous immerger ou de percer au plus profond de
nous-mêmes, et par lequel nous pouvons ainsi connaître la source d'où surgit
notre ego, il doit s'agir d'un intellect ou d'un pouvoir d'attention
tourné vers l'intérieur et focalisé de manière vive et pénétrante sur notre
véritable soi ou notre être essentiel, qui est la source ou le "lieu"
d'où surgit notre ego ou le sentiment individuel du 'je'. Par conséquent,
un kurnda mati est un intellect attentif à soi, de manière aiguë, intense et
pénétrant.
Dans ce contexte, il est important de noter que si les mots
sanskrits buddhi et mati sont généralement traduits en anglais par le mot
"intellect", ils ne signifient pas simplement "intellect"
dans le sens superficiel dans lequel ce mot est habituellement utilisé en
anglais. En effet, en anglais, le mot "intellect" est généralement
compris comme désignant uniquement notre pouvoir superficiel de raisonnement ou
de pensée rationnelle, alors qu'en sanskrit, en tamoul et dans d'autres langues
indiennes, les mots buddhi et mati ont une signification beaucoup plus
profonde.
La véritable signification de ces deux mots, en particulier
dans le sens où Sri Ramana utilise le mot mati dans ce verset, est
"intellect" dans son sens originel, qui est dérivé des mots latins
inter legere, signifiant "choisir entre", et qui dénote donc notre
pouvoir ou notre faculté de discernement ou de discrimination. Par conséquent,
dans ce verset, le mot mati désigne notre profond pouvoir intérieur de
discernement ou notre capacité à distinguer et à reconnaître clairement ce qui
est réel - un pouvoir qui ne découle pas simplement d'un raisonnement intellectuel
ou d'une pensée rationnelle, mais plutôt de la profonde clarté naturelle de la
pure conscience de soi qui existe toujours en nous, mais qui est généralement
obscurcie par la densité et l'intensité de nos désirs et de nos attachements,
ainsi que par les pensées qui en résultent.
Bien que dans la philosophie de l'advaita vēdānta, les deux
mots manas ou "mental" et buddhi ou "intellect" soient
souvent utilisés de telle sorte qu'ils semblent désigner deux entités
différentes, Sri Ramana a clarifié le fait qu'il ne s'agit pas en réalité de
deux entités différentes mais seulement de deux aspects ou fonctions différents
d'une seule entité - à savoir notre conscience individuelle limitée, à laquelle
nous nous référons habituellement comme notre "mental". Par
conséquent, chaque fois qu'une distinction est impliquée dans la signification
de ces deux mots, le mot manas ou "mental" désigne notre mental dans
sa fonction plus superficielle et dynamique en tant que pouvoir de penser, de
sentir et de percevoir, tandis que le mot buddhi ou "intellect"
désigne notre mental dans sa fonction plus profonde et plus statique en tant
qu'un pouvoir calme de clarté intérieure, de discernement, de discrimination ou
de véritable compréhension.
C'est pourquoi le mot mati, utilisé dans ce verset comme
équivalent du mot buddhi, signifie notre mental, mais plutôt que notre mental
dans un sens vague ou général, il signifie plus spécifiquement notre mental en
tant que pouvoir de clarté intérieure et de discernement - un pouvoir d'attention capable de se détourner de
toutes les apparences et de se concentrer avec acuité et clarté sur la seule
réalité qui les sous-tend, à savoir notre propre conscience essentielle de soi,
'je suis'.
Puisque notre mental est une conscience individuelle séparée
qui ne mérite ce nom de "mental" que tant qu'il s'occupe d'autre
chose que de notre propre être essentiel, et puisqu'il s'apaise et ne fait
qu'un avec notre être lorsqu'il s'en occupe vraiment, entièrement et
exclusivement, le "mental" vivement attentif à lui-même, désigné par
les mots kurnda mati, cesse en fait d'être un mental individuel ou un ego dès
qu'il devient véritablement attentif à lui-même et qu'il s'immerge et s'enfonce
dans la profondeur de notre être, et qu'il se transforme ainsi, par son attention à lui-même, en notre véritable
soi, dont il est à présent pleinement conscient. En d'autres termes, un mental
véritablement kurnda ou vivement attentif à lui-même n'est en fait rien d'autre
que notre conscience de soi, naturelle et éternelle.
Bien que Sri Ramana mentionne le fait de "restreindre [notre] parole et [notre]
souffle" en association avec le fait de "plonger [s'enfoncer, immerger ou percer] à
l'intérieur", il n'est en fait pas nécessaire que nous fassions un effort
particulier pour restreindre notre parole ou notre souffle, car tout comme nos
pensées ou nos activités mentales s'apaiseront automatiquement et sans effort
lorsque nous deviendrons intensément attentifs à nous-mêmes, il en sera de même
de notre parole et de notre souffle. Par conséquent, si nous entreprenons dès
le départ cette pratique simple et directe de l'attention
à soi, nous n'aurons jamais besoin de pratiquer aucun des exercices artificiels
de prāṇāyāma ou de restriction de la respiration, car par notre simple attention à soi, nous restreindrons et
arrêterons naturellement toute l'activité de notre mental, de notre parole, de
notre respiration et de notre corps.
Puisque toutes ces activités ne sont que des imaginations qui naissent uniquement lorsque nous laissons notre attention s'échapper vers autre chose que nous-mêmes, elles disparaîtront toutes et deviendront inexistantes dès que nous ramènerons effectivement toute notre attention au plus profond de notre être, qui est la source d'où elle surgit et s'écoule vers l'extérieur sous la forme de notre mental, de notre intellect ou de notre ego.
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