mardi 23 mai 2023

Blog 058 - Ātma-vicāra et la question "qui suis-je ?" (16 août 2007 : extrait de HAB chapitre 9)


144. Ātma-vicāra and the question ‘who am I?’ (16th August 2007: extract from HAB chapter 9)

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Pour faire suite à mon précédent article, Ātma-vicāra n'est que la pratique qui consiste à garder notre mental fermement fixé en soi, voici ce que j'ai récemment incorporé aux pages 441 à 445 de la prochaine édition imprimée du Bonheur et l'art d'être :

Cependant, bien qu'ātma-vicāra ou "investigation de soi" ne soit en réalité aucune forme d'activité mentale, telle que se demander "qui suis-je ?" ou toute autre question de ce type, mais qu'il s'agisse seulement de la pratique de rester immobile dans notre être conscient de soi parfaitement libre de toute pensée, nous trouvons parfois dans certains livres anglais des déclarations attribuées à Sri Ramana qui sont formulées de telle sorte qu'elles pourraient donner l'impression qu'il a parfois conseillé aux gens de pratiquer l'investigation de soi en se posant des questions telles que "qui suis-je ?" Afin de comprendre pourquoi de telles formulations potentiellement déroutantes apparaissent dans certains des livres dans lesquels les enseignements oraux de Sri Ramana ont été enregistrés en anglais, nous devons prendre en compte plusieurs faits.

Tout d'abord, lorsqu'on posait à Sri Ramana une question concernant la philosophie ou la pratique spirituelle, il répondait généralement en tamoul, ou parfois en telugu ou en malayalam. Bien qu'il comprenne et parle couramment l'anglais, il s'exprimait rarement en anglais lorsqu'il discutait de philosophie ou de pratique spirituelle, sauf à l'occasion pour faire une simple déclaration. Même lorsqu'on lui posait des questions en anglais, il répondait généralement en tamoul, et chacune de ses réponses était immédiatement traduite en anglais par toute personne présente qui connaissait les deux langues. Si ce qu'il disait en tamoul était mal traduit, il corrigeait parfois la traduction, mais dans la plupart des cas, il n'interférait pas avec la tâche de l'interprète.

Cependant, bien qu'il ait rarement exprimé ses enseignements en anglais, de nombreux livres dans lesquels ses enseignements oraux ont été rapportés au cours de sa vie corporelle ont été écrits à l'origine en anglais. Malheureusement, nous ne pouvons donc pas savoir avec certitude quels mots il a utilisés en tamoul à chaque occasion particulière. Cependant, grâce à ses propres écrits originaux en tamoul et au compte rendu de nombre de ses enseignements oraux que Sri Muruganar a préservé pour nous dans Guru Vācaka Kōvai, nous savons quels sont les mots tamouls qu'il a fréquemment utilisés pour exprimer ses enseignements.

Par conséquent, lorsque nous lisons les livres dans lesquels ses enseignements sont rapportés en anglais, nous devons essayer de déduire les mots qu'il a pu utiliser en tamoul. Par exemple, lorsque nous lisons ces livres et que nous y trouvons des déclarations qui lui sont attribuées telles que "demandez-vous qui suis-je ?" ou "interrogez-vous sur qui suis-je ?", pour comprendre le sens correct dans lequel il a utilisé le verbe tamoul qui a été traduit par "demander" ou "interroger", nous devons essayer de déduire ce que ce verbe aurait pu être.

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Le verbe tamoul le plus couramment utilisé dans les situations où nous utiliserions les verbes "demander" ou "questionner" en anglais est keṭṭal. En plus de signifier demander, questionner ou s'enquérir, keṭṭal signifie également entendre, écouter, investiguer, apprendre ou connaître, donc si c'était le verbe que Sri Ramana a utilisé à n'importe quelle occasion où les livres anglais l'ont enregistré disant "demandez-vous 'qui suis-je'" ou "interrogez-vous 'qui suis-je'", le sens interne qu'il a sous-entendu par ces mots aurait été "s'enquérir 'qui suis-je'", "investiguer 'qui suis-je'" ou "découvrir 'qui suis-je'".

Un autre verbe tamoul souvent utilisé dans le sens de "questionner" ou "s'enquérir", et que Sri Ramana a parfois utilisé pour décrire la pratique d'ātma-vicāra ou investigation de soi, est vinavutal. En plus de signifier questionner ou s'enquérir, vinavutal signifie également investiguer, examiner, écouter, prêter attention, garder à l'esprit ou penser à.

Un exemple de l'utilisation que Sri Ramana a faite de ce verbe vinavutal se trouve au verset 16 d'Upadēśa Taṉippākkaḷ, dont nous avons parlé au chapitre six. Les mots de ce verset que j'ai traduits par "...par une investigation subtile [ou un examen minutieux], qui est [la pratique de] s'examiner constamment..." sont eṉḏṟum tannai viṉavum usāvāl. Le mot eṉḏṟum est un adverbe qui signifie toujours, constamment ou à tout moment, tannai est la forme accusative du pronom tan, qui signifie soi, soi-même, nous-mêmes, toi-même, etc. et usāvāl est la forme instrumentale du nom usa, qui signifie investigation ou examen minutieux. Avec son adverbe eṉḏṟum et son objet tannai, le verbe viṉavum agit comme une clause adjectivale qui décrit la nature de usa ou "investigation subtile" et qui signifie "qui est [la pratique de] constamment s'examiner soi-même".

Étant la troisième personne du singulier de vinavutal, viṉavum signifie dans ce contexte "qui investigue", "qui examine" ou "qui prête {porte}attention". Pris au pied de la lettre, viṉavum pourrait également être traduit ici par "qui interroge", ce qui impliquerait que l'usa ou "investigation subtile" à laquelle Sri Ramana fait référence ici est simplement la pratique d'une remise en question constante de soi-même. Cependant, étant donné que l'idée centrale de la première moitié de ce verset est que "dans l'état de veille, l'état de sommeil sera le résultat d'une investigation subtile", cette "investigation subtile" doit être une pratique beaucoup plus profonde que le simple acte mental de s'interroger soi-même, et nous ne pouvons donc pas rendre justice à la vérité que Sri Ramana exprime dans ce verset à moins d'interpréter tannai viṉavum comme signifiant "qui investigue soi-même" plutôt que "qui se questionne soi-même".

Comme keṭṭal et vinavutal, la plupart des autres verbes tamouls qui pourraient être traduits par "demander", "questionner" ou "s'enquérir" pourraient également être traduits par "investiguer", "examiner", "scruter" ou "s'occuper de". Par conséquent, ce n'est pas parce que l'on trouve parfois dans certains livres en anglais des déclarations attribuées à Sri Ramana telles que "demandez-vous qui suis-je ?" ou "interrogez-vous sur qui suis-je ?", qu'il faut en conclure qu'il voulait dire que nous devions littéralement nous demander "qui suis-je ?", ou que s'interroger ainsi est la pratique réelle d'ātma-vicāra ou investigation de soi.

A certains endroits où il a été rapporté que Sri Ramana a dit "demandez-vous qui suis-je ?" ou "interrogez-vous qui suis-je ? ", le verbe tamoul qu'il a utilisé peut avoir été vicārittāl, qui est la forme verbale du nom vicāra, parce qu'à ces endroits, il semble se référer plus ou moins directement au passage suivant du sixième paragraphe de Nāṉ Yār ?

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... Si d'autres pensées surgissent, sans essayer de les compléter, [nous] devons chercher à savoir à qui elles sont survenues. Quel que soit le nombre de pensées qui surgissent, quelle importance ? Dès que chaque pensée apparaît, si [nous] investiguons avec vigilance à savoir à qui elle est survenue, ce sera clair : à moi [c'est-à-dire que nous nous rappellerons clairement de nous-mêmes, à qui chaque pensée s'adresse]. Si nous cherchons à savoir qui suis je [c'est-à-dire si nous tournons notre attention vers nous-mêmes et la maintenons fixée fermement, attentivement et avec vigilance sur notre propre être essentiel conscient de lui-même afin de découvrir ce qu'est réellement ce 'je'], notre mental retournera à son lieu de naissance [le cœur le plus profond de notre être, qui est la source d'où il a surgi] ; [et puisque nous nous abstenons ainsi d'y prêter attention] la pensée qui avait surgit s'apaisera également. Quand on pratique et pratique de cette manière, pour le mental, le pouvoir de se tenir fermement établi dans son lieu de naissance augmente. ...

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Dans ce passage, le verbe tamoul que j'ai traduit par "investiguer" est vicārittāl, qui apparaît une fois sous la forme vicārikka vēṇdum, qui signifie "il est nécessaire d'investiguer" ou "[nous] devons investiguer", et deux fois sous la forme conditionnelle vicārittāl (avec un "a" long dans la syllabe finale), qui signifie "si [nous] investiguons".

En tant que forme tamoule du verbe sanskrit vicār, le sens principal de vicārittāl est d'investiguer, examiner, scruter, vérifier, considérer ou réfléchir, mais en tamoul, il est également utilisé dans le sens secondaire de "s'enquérir" dans des contextes tels que s'enquérir du bien-être d'une personne. Ce sens secondaire en tamoul nous permet d'interpréter le sens de vicārittāl dans ce contexte comme "s'enquérir", "demander" ou "questionner", mais même si nous choisissons de l'interpréter de cette manière plutôt tirée par les cheveux, nous devons comprendre que Sri Ramana ne veut pas dire que nous devrions littéralement nous demander ou nous interroger sur nous-mêmes "qui suis-je ?

En d'autres termes, si l'on peut interpréter les mots utilisés par Sri Ramana comme signifiant que nous devrions nous poser une question telle que "qui suis-je ?", nous devrions comprendre que la véritable signification intérieure de ces mots est que nous devrions, au sens figuré, nous demander "qui suis-je ?" dans le sens où nous devrions nous examiner attentivement afin de savoir clairement, par notre propre expérience non-duelle immédiate, quelle est la véritable nature de notre conscience de soi essentielle 'je suis'. Puisque la seule réponse réelle à cette question est l'expérience absolument non-duelle et donc parfaitement claire de notre propre être conscient de soi sans pensée, le seul moyen par lequel nous pouvons effectivement nous demander ou nous interroger sur nous-mêmes - c'est-à-dire le seul moyen par lequel nous pouvons nous enquérir de manière à déterminer qui ou ce que nous sommes réellement - est de retirer entièrement notre attention de toutes les pensées ou objets et de la concentrer vivement et exclusivement sur notre propre conscience de soi essentielle et non-duelle, 'je suis'.


lundi 22 mai 2023

Nāṉ Ār? (ou Nāṉ Yār?) - (Who am I?) - Paragraphe 10

 


https://www.happinessofbeing.com/nan_yar.html#para10

Paragraph Ten

தொன்றுதொட்டு வருகின்ற விஷயவாசனைகள் அளவற்றனவாய்க் கடலலைகள் போற் றோன்றினும் அவையாவும் சொரூபத்யானம் கிளம்பக் கிளம்ப அழிந்துவிடும். அத்தனை வாசனைகளு மொடுங்கி, சொரூபமாத்திரமா யிருக்க முடியுமா வென்னும் சந்தேக நினைவுக்கு மிடங்கொடாமல், சொரூபத்யானத்தை விடாப்பிடியாய்ப் பிடிக்க வேண்டும். ஒருவன் எவ்வளவு பாபியாயிருந்தாலும், ‘நான் பாபியா யிருக்கிறேனே! எப்படிக் கடைத்தேறப் போகிறேனென்றேங்கி யழுதுகொண்டிராமல், தான் பாபி என்னு மெண்ணத்தையு மறவே யொழித்து சொரூபத்யானத்தி லூக்க முள்ளவனாக விருந்தால் அவன் நிச்சயமா யுருப்படுவான்.

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toṉḏṟutoṭṭu varugiṉḏṟa viṣaya-vāsaṉaigaḷ aḷavaṯṟaṉavāy-k kaḍal-alaigaḷ pōl tōṉḏṟiṉum avai-yāvum sorūpa-dhyāṉam kiḷamba-k kiḷamba aṙindu-viḍum.

attaṉai vāsaṉaigaḷum oḍuṅgi, sorūpa-māttiram-āy irukka muḍiyumā v-eṉṉum sandēha niṉaivukkum iḍam koḍāmal, sorūpa-dhyāṉattai viḍā-p-piḍiyāy-p piḍikka vēṇḍum.

oruvaṉ evvaḷavu pāpiyāy irundālum, ‘nāṉ pāpiyāy irukkiṟēṉē; eppaḍi-k kaḍaittēṟa-p pōgiṟēṉ’ eṉḏṟēṅgi y-aṙudu-koṇḍirāmal, tāṉ pāpi eṉṉum eṇṇattaiyum aṟavē y-oṙittu sorūpa-dhyāṉattil ūkkam uḷḷavaṉāha v-irundāl avaṉ niścayamāy uru-p-paḍuvāṉ.

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Traduction

Même si les viṣaya-vāsanās [inclinations à faire l'expérience d'autres choses que soi-même], qui viennent de temps immémoriaux, s'élèvent [en tant que pensées ou phénomènes] en nombre incalculable comme les vagues de l'océan, elles seront toutes détruites lorsque svarūpa-dhyāna [l'attention à soi, la contemplation de sa "propre forme" ou sa vraie nature] augmente et augmente [en profondeur et en intensité].

Sans même laisser place à la pensée qui doute : "Tant de vāsanās à détruire [ou à dissoudre], est-il possible d'être seulement en tant que svarūpa [ma propre forme ou vraie nature] ?", il est nécessaire de s'accrocher avec ténacité à l'attention à soi.

Aussi grand pécheur que l'on puisse être, si au lieu de se lamenter et de pleurer "Je suis un pécheur ! Comment vais-je être sauvé ?", on rejette complètement l'idée qu'on est pécheur et qu'on est fervent [ou ferme] dans l'attention à soi, on sera certainement réformé [transformé en ce qu'on est réellement].

Paraphrase

Même si les viṣaya-vāsanās [inclinations à faire l'expérience d'autres choses que soi-même], qui viennent de temps immémoriaux, s'élèvent {surgissent} [en tant que pensées ou phénomènes] en nombre incalculable comme les vagues de l'océan, elles seront toutes détruites lorsque svarūpa-dhyāna [l'attention à soi, la contemplation de sa "propre forme" ou sa vraie nature] augmente et augmente [en profondeur et en intensité].

Sans même laisser place {iḍam} à la pensée qui doute {sandēha niṉaivu} : "Tant de vāsanās à détruire [ou à dissoudre], est-il possible d'être {de demeurer} seulement en tant que svarūpa [ma propre forme ou vraie nature] ?", il est nécessaire de s'accrocher avec ténacité à l'attention à soi.

Aussi grand pécheur que l'on puisse être {Peu importe l'ampleur de nos péchés ou par implication, peu importe à quel point notre mental peut être impur}, si au lieu de se lamenter et de pleurer "Je suis un pécheur ! Comment vais-je être sauvé ?", on rejette complètement l'idée qu'on est pécheur et qu'on est fervent {déterminé} [ou ferme] dans l'attention à soi {svarūpa-dhyāna}, on sera certainement réformé [transformé en ce qu'on est réellement] {uruppaḍuvāṉ = nous serons transformés en notre propre véritable et éternelle forme, qui est libre de la pensée, infinie, transcendant tout, absolue et parfaitement claire conscience de soi.}.