10 décembre 1977 (2)
Les gens veulent laisser quelque chose
au monde quand ils meurent, mais quand le corps meurt, ce monde, qui est notre projection,
cesse d’exister. Si nous nous préoccupons du monde, nous n’avons pas compris Bhagavan
correctement.
Même Krishna
parle du chercheur sérieux qui va jouir des mondes célestes et qui revient ensuite
faire sa sādhana
dans ce monde, comme si tous ces mondes existaient en notre absence.
Bhagavan
a dit que non seulement le soi ne connaît pas les autres choses, mais qu’il ne se
connaît même pas lui-même. La connaissance fait partie d’une dyade (connaître ou
ne pas connaître) et d’une triade (le connaisseur, la connaissance et le connu),
mais le soi est simplement être, et donc dépourvu de toute forme d’action, y compris
la connaissance. Être, c’est connaître, mais pas dans le sens ordinaire de ce mot,
qui fait référence à une action. Par conséquent, lorsque Bhagavan a dit que le soi
ne se connaît même pas lui-même, il voulait dire que la conscience de soi n’est
pas une action mais son état naturel de juste être. Il ne voulait pas dire qu’il
ne connaît pas ‘je suis’, mais qu’il est dépourvu de connaissance comme nous le
concevons habituellement.
Ce monde
n’est rien d’autre qu’une projection de nos propres vāsanas (dispositions), aussi toute
personne qui y réagit avec des sentiments tels que la curiosité, le désir, la colère,
la peur ou la haine est comme un petit enfant ou un singe lorsqu’il est confronté
pour la première fois à son propre reflet dans un miroir. Il est d’abord curieux,
puis il se met en colère, puis il donne un coup, et enfin il retourne en courant
vers sa mère, effrayé.
Si nous
désirons quoi que ce soit de Dieu ou du guru, nous ne disposons pas de deva-bhakti
ou de guru-bhakti
[le véritable amour pour Dieu ou le guru] mais seulement viṣaya-bhakti [l’amour des objets ou des expériences objectives].
Ce n’est que lorsque nous ne désirons rien que nous sommes qualifiés pour le troisième
(b) ou quatrième standard [de l’‘école de la bhakti’ décrite dans La Voie de Śrī Ramana].
Bien sûr,
lorsqu’ils viennent pour la première fois auprès du guru, même les aspirants sincères
désirent mokṣa,
la paix ou tout autre nom qu’ils lui donnent. Mumukṣutva est nécessaire pour le
quatrième standard [guru-bhakti], mais ce que le guru fait
comprendre à l’aspirant, c’est que mokṣa [libération] ne consiste pas à gagner quoi
que ce soit mais de tout perdre. Apprendre cela est le but du quatrième standard,
et quand on l’aura appris de manière approfondie, on sera dans le cinquième standard
[svātma-bhakti
ou amour pur de soi, qui est l’état de mokṣa].
Beaucoup,
comme Muruganar et Natanānandar, sont venus à Bhagavan pour obtenir uniquement mokṣa
{libération} et ont prié en conséquence. Leurs
prières purifièrent leur esprit et leur donnèrent la discrimination nécessaire pour
comprendre que la perte complète de l’individualité est la seule véritable mokṣa
{libération}.
Bhagavan
nous a appris à prier : au verset 30 d’Akṣaramaṇamālai, il chante : ‘Détruisant
[ma grandeur] mondaine {matérielle} et me rendant
nu [dans l’état de nirvana], donne-moi la grandeur de [ta] grâce’.
Selon lui,
même l’abandon (tel qu’il est habituellement compris) n’est pas la véritable deva-bhakti, car tout est déjà à Dieu, donc nous
ne pouvons rendre ce qui n’a jamais été à nous, comme il nous l’a enseigné au verset
486 de Guru Vācaka
Kōvai : ‘[Imaginer que notre soi est séparé de Dieu] notre offrande amoureuse
de ce soi à Dieu, qui existe en tant que [notre vrai] soi clairement expérimenté,
est juste comme casser [un morceau d’] un doux sucre [idole de] Gaṇapati et l’offrir
[en retour dans l’adoration] à ce Gaṇapati’. ‘La véritable deva-bhakti consiste à ne pas s’élever
en tant que soi séparé avant toute chose, et même à abandonner ce soi à Dieu’.
Dans le
verset 29 d’Upadeśa
Undiyār, il chante : ‘Demeurer dans cet état [de connaissance de soi],
[qui est] la voie pour faire l’expérience de la félicité suprême dépourvue de [toute
pensée de] servitude ou de libération, c’est demeurer au service de Dieu’. En demeurant
ainsi, sans nous élever en tant que ‘je’ séparé, nous épargnons à Dieu la peine
d’avoir à nous sauver de notre propre ignorance créée par nous-même. C’est le meilleur
service que nous puissions lui rendre, et c’est donc la seule véritable deva-bhakti.
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